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Entretien : Jean Garaïalde, le seul et l'unique

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23/10/2013

A 77 ans, le joueur de Ciboure possède le palmarès le plus important du golf français, avec 85 victoires, et suscite toujours l’admiration de tous. Installé dans le club house de Chantaco, son club de toujours, il passe en revue ce qu’était le golf aux différentes époques qu’il a vécues et ne manque pas de donner son point de vue sur celle aujourd’hui.

Jean Garaïalde

Comment avez-vous commencé à jouer au golf ?
Mon frère et moi, nous avons commencé le golf ici, à Chantaco. Je peux même dire que je suis né ici, c’est ma maison, sportive au moins. Mon père, Raymond, nous donnait des cours. Mais quand nous étions gamins, nous faisions les cadets pour les membres du club. A l’époque, nous étions près d’une centaine en été, il n’y avait pas de chariots.

Mais, en tant que cadet, vous aviez le droit de jouer ?
La famille Lacoste nous encourageaient, nous cadets, à jouer. Ils ont été précurseurs là-dessus. Le soir, après le boulot de cadet fini, j’y allais, avec d’autres. J’allais à l’école à Ciboure mais, dès que je pouvais m’échapper, je venais encore à Chantaco. En plus, tous les ans en septembre, une compétition était organisée pour nous avec une subvention donné par les gens qui venaient ici en vacances.

Pendant combien d’années avez-vous travaillé comme cadet ?
Régulièrement jusqu’à l’âge de 16 ans. Mais au bout de quelques années je suis devenu cadet joueur, c’était une catégorie de cadets qui pouvaient jouer avec les clients qui le demandaient. En général, on jouait mieux que les clients, alors on discutait technique et, des fois, avec d’autres clients, on faisait un match.

Quand avez-vous décidé de devenir professionnel ?
Je suis passé pro à 16 ans et demi ! Vous ne pouvez pas imaginer la passion que j’avais pour le golf. J’aurais fait n’importe quoi pour jouer. J’aimais le jeu, les scores, j’avais l’ambition de me perfectionner. Mais il n’y avait que quatre ou cinq compétitions par an alors je continuais à aller un peu à l’école et le reste du temps je continuais comme cadet joueur.

Votre père vous a-t-il encouragé à jouer ?
Mon père avait commencé comme cadet à La Nivelle puis il est devenu l’assistant, moniteur en quelque sorte, d’Arnaud Massy à Chantaco. Il était passionné de golf et c’était un très bon enseignant. C’est d’ailleurs lui qui a formé Catherine Lacoste, de A à Z, et elle ne voulait entendre parler de personne d’autre. Il me poussait complètement, il était même toujours là, derrière moi, et parfois il m’engueulait. Il me disait : « Si tu n’es pas capable de jouer au golf, il va falloir que tu te trouves un autre métier ! » Il ne rigolait pas. Mais je ne me suis jamais demandé quel autre métier j’aurais pu faire. J’ai foncé dans le golf. Si je vous racontais tout ce que j’ai fait, vous deviendriez bleu !

Votre père vous a-t-il fixé des objectifs, notamment par rapport à Arnaud Massy ?
Il voulait tout simplement que je joue bien. Moi aussi d’ailleurs, et je voulais faire des résultats. Quand on est gamin, on fait de rêves, vous savez. Moi, je rêvais d’être une fois champion de France et gagner l’Open de France. Ce n’était pas de faire comme Massy, c’était ça. Champion de France, je l’ai été 17 fois, contrat rempli ! Et l’Open de France, je l’ai gagné une fois seulement, en 1969 à Saint Nom la Bretèche, en battant en play off le 5e joueur mondial, De Vicenzo. En 1970, l’Open de France se jouait ici, à Chantaco et à La Nivelle, et j’ai fini 2e . J’étais en tête au départ du dernier tour et j’ai fait 66. Mais l’Australien David Graham, ce voyou, a fait 64 et il m’a battu !

Vous souvenez-vous de votre première victoire ?
Je me souviens surtout des clubs que j’avais quand j’ai commencé ma carrière professionnelle. C’est mon père qui me les avait fourni, il s’occupait du pro shop. C’était une série Mc Gregor, pour femmes, je m’en souviens bien. C’était tout ce qu’il pouvait me donner et il m’a dit d’aller jouer avec ça. Et c’était ça ou rien du tout ! Et j’ai gagné une compétition avec ces clubs !

Vous réussissiez à gagner de l’argent, à cette époque ?
Les sponsors, ça n’existait pas vraiment. Les clubs et les balles, c’est le propriétaire d’un magasin de Paris qui me les donnait. Et puis j’avais aussi ça, le crocodile. Toute ma vie, je n’ai porté que ça, grâce à la famille Lacoste. Ils ont été très gentil mais quelque part j’étais aussi un bon ambassadeur pour ce crocodile. Pour le reste, je me débrouillais avec ce que je gagnais dans un tournoi qui me permettait de passer au suivant, ou alors je donnais des leçons pendant deux ou trois mois pour financer le reste de la saison. Vous allez rire : le joueur qui a terminé dernier de l’Open de France, l’an dernier, a gagné presque trois fois plus que moi quand je l’ai remporté, en 1969 !

Y avait-il beaucoup de tournois ?
Il y avait moins de compétitions qu’aujourd’hui mais il y en avait quand même. Mais pendant une vingtaine d’années, je ne jouais pas tous les tournois. Il faut dire que sur mes 40 ans de carrière, j’en ai fait 30 tout seul. Moi, mon sac et ma valise. On me prenait peut-être pour un fou. Parfois je faisais un bon résultat et j’étais le plus heureux des hommes, et parfois je ne passais pas le cut et je me retrouvais comme une âme en peine au fin fond de l’Ecosse ou ailleurs. Je ne rigolais pas mais j’aimais tellement ça !

Par contre, vous avez participé à quelques Coupes du Monde…
J’en ai joué 25, c’est un record mondial. La première, je l’ai faite à 19 ans, à Montréal. C’est pas mal, hein ? A 19 ans j’ai représenté la France ! Si je compte bien, j’en ai fait 9 avec Bernard Pascassio qui lui aussi est de Ciboure et a commencé à Chantaco.

Vous semblez très attaché au golf de Chantaco…
Ici, il y a un sacré vécu, une grande histoire à travers les années. Jusqu’à il y a 30 ou 40 ans, le Pays Basque avait la réputation d’être La Mecque du golf français. Et c’était dû pour beaucoup à la famille Lacoste et l’ambiance sportive qu’il y avait ici. 99% des pros sortaient du Pays Basque, de Biarritz, Chantaco, La Nivelle, Hossegor.

Hossegor se trouve au Pays Basque ?
Euh… Presque ! Quand j’étais gamin et qu’on partait avec mes copains cadets pour travailler à Hossegor, on disait qu’on allait dans le Nord. Pour en revenir à Chantaco, à travers les années, près de quarante professeurs et joueurs professionnels sont sortis d’ici, dont bien sûr Catherine Lacoste qui a le palmarès féminin le plus important de France.

Vous disiez être la plupart du temps tout seul. Vous n’aviez pas d’entraîneur ?
Ma carrière je l’ai faite ici, avec mon père. Mais je n’étais pas fana de passer 4 heures au practice. J’ai beaucoup appris sur le circuit, quand je jouais avec de bons joueurs. Je regardais comment ils jouaient et parfois je remarquais des petits détails. Le soir, j’allais essayer et ça convenait ou pas. J’ai progressé comme ça, au contact de ces grands joueurs.

Y en a-t-il parmi eux qui vous ont marqué ?
Ah oui, je suis plein d’admiration pour un gars qui me bat de 100 coudées, Gary Player ! C’était mon bon copain. J’ai joué avec Nicklaus, avec Palmer, avec tous ceux de ma génération. Ils étaient gentils, sympas, jamais ils ne se moquaient de vous. Mais avec Gary, on rentrait dans les détails. Une année, on jouait l’Open de France à La Boulie, le semaine après l’Open britannique. On a fait une partie ensemble et on a sympathisé. C’est là qu’il m’a dit : « Tu vois, Jean, je débarque à peine en Europe et la presse anglaise me critique. » En fait, il avait des pantalons trop courts et des pulls trop longs, il avait ce qu’il avait et c’est pour ça qu’on l’avait critiqué. Et il avait ajouté : « Tu vas voir, un jour je vais leur faire payer. » C’est un type formidable, un type terrible. Il a toujours attaché beaucoup d’importance au physique. C’est un petit bonhomme mais encore sacrément costaud.

Quelle est votre plus belle victoire ?
J’ai remporté six ou sept tournois sur le circuit européen, mais le plus beau résultat sportif de toute ma carrière, c’est l’Open de Suède, en 1970. J’ai battu Jack Nicklaus ! Ce monsieur, on ne le tutoie pas. C’était la première fois je crois qu’il venait Europe et il y avait tout le gratin européen. Ça a été pour moi le summum ! Come d’habitude, j’étais arrivé tout seul, avec mon sac et ma valise, à Stockholm. J’ai pris la tête du tournoi le premier jour et je l’ai gardée jusqu’à la fin ! C’est pas beau, ça ? Un petit Français là-bas et il a gagné. J’ai joué avec Nicklaus le dernier jour. Il était à un point de moi. Voyez le travail ? 6000 Suédois derrière nous, j’étais rentré dans ma carapace, mais j’étais décidé à défendre ma peau. Pendant le parcours j’ai dû me dire 20 ou 25 fois, ne t’occupes pas de lui, joue ton jeu. A la fin de la partie, il est venu vers moi, il a enlevé sa casquette, et m’a dit : « Bravo Jean, vous avez bien joué, vous méritez votre victoire, félicitations. » Il n’était pas obligé de dire ça, mais il l’a dit. C’était fantastique. Ça a été mon exploit.

Que pensez-vous du golf français d’aujourd’hui ?
Nous avons de très bons joueurs à tous les échelons, il y a une bonne ossature et ils font des résultats. Mais je m’interroge. Certains gagnent des tournois et ensuite ils disparaissent pendant trois ou quatre mois. Je ne sais pas, mais j’ai l’impression qu’ils manquent de gnaque ou d’ambition. Moi, la même année, en 1969, j’ai gagné l’Open d’Espagne, l’Open de France et l’Open d’Allemagne. En l’espace d’un mois et demi. Eh oui, on en voulait ! On n’attendait pas que ça tombe du ciel, on allait au charbon.

N’êtes-vous pas un peu sévère ? La concurrence est peut-être plus forte aujourd’hui.
Mais il y a bien des joueurs qui gagnent plusieurs fois ! Prenez les Espagnols. Pourquoi ils sont si bons ? Parce qu’ils ont faim. Ils ont bien sûr eu des locomotives qui les ont guidé, mais ce sont des gagneurs. Je ne voudrais pas jouer le vieux con qui sait tout mais, alors que j’étais un garçon réservé, avec l’âge je me livre plus facilement. J’ai appris que de jeunes amateurs Français vont s’entraîner en Floride, installés dans une maison louée par la Fédération. Il faudrait plutôt les envoyer dans le nord de l’Ecosse ou de l’Irlande. D’où viennent McIlroy, McDowell ou Darren Clarke ? Pour apprendre à jouer au golf, à faire travailler la balle, il faut aller là-bas. Que la France organise la Ryder Cup, c’est magnifique ! Mais est-ce qu’il y aura un Français dans l’équipe ? Je voudrais qu’il y en ait deux mais à cette cadence je ne vois pas. On a 400 000 licenciés, nos équipes amateur sont championnes du monde, garçons et filles. Ils sont jeunes, il faut qu’ils apprennent. Peut-être que certains devraient savoir dans quelles conditions on vivait, on travaillait et chercher à nous imiter.

Jouez-vous toujours ?
Non pas beaucoup. Je deviens plus délicat et un peu cossard. Je regarde les tournois de golf à la télé, tous. S’il fait beau, je peux jouer deux fois dans la semaine et sinon je peux rester un mois sans jouer. Quand je suis sur le parcours, je suis bien, ça me fait plaisir mais je suis conscient que je ne peux pas jouer maintenant comme je jouais avant et je pars des boules jaunes. Mais j’essaie de bien faire, toujours. Si je fais un birdie, je suis heureux, si j’en fais deux… L’autre jour j’en ai fait 3 ! J’étais content, et j’ai fait aussi un double bogey, mais ça je m’en fous !

Quel est le parcours que vous préférez ?
Je ne devrais pas le dire, mais j’aime bien jouer à Chiberta. C’est un parcours de bord de mer, varié, avec presque toujours du vent, certains trous sont des links. Mais je joue partout. Je pense qu’un beau golf peut avoir des difficultés sans être long. Il y a des trous on peut jouer un fer au lieu du driver, et alors ? Il n’y a pas que les muscles dans le golf, il y a aussi la tête.

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